Anouk Leblanc, une vie de plein air et de liberté

Crédit photo: Alexe Root

Il y a des gens pour qui la liberté ne se négocie pas. Pour Anouk Leblanc, elle se vit dehors, dans le mouvement et dans l’action. Son parcours, fait de détours, de prises de risques et de rencontres humaines, révèle un refus assumé d’entrer dans le moule traditionnel de la société.

Grande voyageuse devenue monitrice d’escalade puis pompière volontaire, voici le portrait d’une femme audacieuse, pour qui, la perspective d’une vie métro, boulot, dodo effraie beaucoup plus que celle de sauter à pieds joints dans l’inconnu.

Crédit photo: Richard Mardens photography

La Liberté Nord-Sud: une entrée inattendue dans le monde de l’escalade

Depuis huit ans, Anouk travaille dans le domaine du plein air, principalement comme monitrice d’escalade de roche et de glace au sein de l’entreprise La Liberté Nord-Sud, fondée en 2011 et située sur la Montagne d’Argent, dans les Laurentides. 

Pourtant, rien ne la destinait à ce métier.

Elle n’a pas grandi avec un casque sur la tête ni un piolet à la main. Elle ne faisait pas d’escalade lorsqu’elle était plus jeune et a d’abord étudié pour devenir éducatrice spécialisée. Peut-être est-ce sa soif d’aventure, bien présente depuis l’adolescence, ou son amour profond pour l’hiver qui la mène progressivement vers cette nouvelle voie.

Le voyage comme mode de vie

Le goût de la liberté apparaît très tôt. Dès son secondaire, Anouk saute sur chaque opportunité de voyage, comme ce séjour en Pologne et en Allemagne, organisé par son établissement scolaire. Âgée alors de seize ans, elle décide de rester quelques semaines supplémentaires pour découvrir l’Europe avec ses amies. 

Toutefois, tout lui semble trop structuré, trop organisé. Ce qu’elle veut, c’est de la liberté, de l’imprévu et de l’autonomie, un désir qui ne l’a jamais quittée, malgré le fait qu’elle n’ait pas grandi dans une famille de voyageurs. 

C’est ainsi qu’à dix-huit ans, Anouk part seule dans l’Ouest canadien. Elle fait du pouce, explore et découvre une façon de vivre qui lui ressemble.

Elle retourne par la suite sur les bancs d’école afin d’obtenir son diplôme d’éducatrice spécialisée et effectue son stage final au Cameroun, pendant trois mois. Son envie d’explorer la mènera à voyager pendant près de dix ans, que ce soit pour travailler à Tofino, profiter d’un visa de travail en Australie, traverser le Vietnam et le Cambodge à moto ou faire du pouce un peu partout dans le monde.

Anouk part toujours avec un billet aller seulement. Elle travaille intensément pendant plusieurs mois, puis repart pour quelques mois. Ce mode de vie, bien qu’enrichissant, comporte son lot de défis, autant dans l’éloignement avec la famille et les amis que dans la gestion financière à l’étranger.

Anouk souligne avec humour que, pour certains, partir à l’aventure serait le défi d’une vie, alors que, pour elle, le véritable défi serait de prendre un emploi de neuf à cinq. Elle ajoute en riant que l’engagement lui fait si peur qu’elle n’a jamais signé de contrat, même avec une compagnie téléphonique.

Le déclic et l’arrivée de l’escalade

Au retour de ses longues années de voyage, Anouk voit l’escalade se tailler une place dans sa vie, grâce à son entourage.

Plusieurs de ses amis sont guides et elle commence à graviter autour du milieu en offrant de l’aide, notamment pour des groupes de via ferrata. Puis, presque par curiosité, elle s’inscrit à un cours d’initiation à l’escalade de glace. Le coup de foudre est immédiat.

L’escalade de glace demande toutefois un investissement financier important. N’ayant pas les moyens de s’équiper, Anouk fait appel à son ingéniosité développée lors de ses voyages. Elle propose au propriétaire de La Liberté Nord-Sud d’échanger du temps de travail contre le prêt de matériel. Après une seule journée, la proposition prend un tournant inattendu : on lui offre un emploi.

À ce moment, elle travaille à temps plein dans un hôtel et ne cherche pas de nouveau poste. Malgré une certaine crainte financière, elle accepte de plonger dans l’inconnu. Elle quitte un emploi à temps plein pour un travail à temps partiel, qu’elle complète avec des heures dans son domaine de formation, l’éducation spécialisée.

Se former, se transformer et vivre dehors

Rapidement, Anouk s’investit pleinement dans ce nouveau métier. Elle enchaîne les formations, obtient des accréditations et accumule les brevets d’enseignement. Les fins de semaine, elle s’adonne à sa passion en explorant de nouvelles parois. La semaine, elle enseigne l’escalade de glace. Après une saison hivernale, elle ajoute l’escalade de roche à sa pratique.

Être dehors, transmettre une passion et voir les gens heureux d’être là donnent tout son sens à son quotidien. Anouk aime la nouveauté, le changement et l’adrénaline. Elle avance avec l’intuition que, tant qu’elle se sent à sa place, le reste suivra.

Le milieu de l’escalade demeure majoritairement masculin. À ses débuts comme monitrice, certains clients doutent de ses compétences en raison de son genre. Avec le temps, ces commentaires s’estompent. Anouk apprend à prendre sa place naturellement, soutenue par des patrons et des mentors qui ont cru en elle et l’ont accompagnée dans son développement.

Crédit photo: Mathieu Lemire

Du feu et de l’action: la découverte du métier de pompière

Au fil des années, ses amies lui suggèrent de devenir pompière. Le projet mûrit progressivement dans sa tête. Lorsqu’elle décide de tenter sa chance, le programme de subvention pour la formation ferme tout juste. Encore une fois, Anouk trouve une autre voie.

Elle intègre, à titre de combattante auxiliaire, la Régie incendie des Monts, qui est un fournisseur de la SOPFEU, un organisme responsable de la prévention, de la détection et de la suppression des incendies de forêt au Québec. Après une semaine de formation intensive, de bourrage de crâne comme elle le dit en riant, une première occasion d’exercer sa nouvelle passion se présente : deux incendies majeurs éclatent simultanément dans le secteur de Tremblant. Il reste une place sur l’équipe. Après un moment d’hésitation, Anouk répond à l’appel. 

Une première intervention inoubliable

Le feu est intense. Les pompiers d’expérience sont déjà mobilisés ailleurs, notamment au Manitoba, où les feux sont particulièrement violents cette année. 

Après avoir répondu à l’appel, en une heure, Anouk doit être sur place, prête à partir. Hélicoptères, kits d’attaque, survol des flammes : elle vit la totale. Alors qu’on lui avait dit que les chances de monter dans un hélicoptère étaient minces lors des premières années, la voilà dans les airs dès sa première intervention.

Sur le terrain, elle découvre une réalité et une intensité difficiles à décrire. Des feux souterrains, un sol brûlant, des rafales imprévisibles. Elle restera quatorze jours sur le terrain, avec des quarts de travail de quatorze heures. Malgré la difficulté, elle exulte de bonheur.

Être déposée en hélicoptère au milieu de nulle part, ne pas savoir ce qui se passera, travailler en équipe et créer des liens humains d’une intensité rare, c’est exactement ce qu’elle recherche. Elle a d’ailleurs de la difficulté à mettre des mots sur la force de la relation qui unit les pompiers et pompières de sa base. Braver ensemble une épreuve soude pour la vie.

Anouk comprend instantanément que ce métier est fait pour elle.

Et la suite ?

Anouk est actuellement en processus d’embauche pour un poste à temps plein avec la SOPFEU. Si tout se déroule comme prévu, elle pourra vivre de ce métier six mois par année, puis consacrer le reste de son temps à enseigner l’escalade et à voyager.

Elle garde toujours un plan B, voire un plan C. Pompière en milieu urbain, abatteuse d’arbres ou autre projet lié au plein air. Sa philosophie de vie est simple : foncer vers ses rêves et oser prendre des risques pour les atteindre.

Anouk vit pour les humains, les rencontres et le dehors. Pour elle, travailler autrement n’est pas une fuite. C’est un choix conscient, une façon de rester fidèle à elle-même et de construire une vie libre, loin des cadres rigides et des horaires imposés.

Avec la détermination et la passion qu’on ressent en lui parlant, il y a fort à parier que nous la retrouverons, d’ici peu, un peu partout sur le territoire canadien, en train d’éteindre des centaines de feux. 

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