Hugo Lespagnol, marcher pour se relever

Quand Hugo Lespagnol se lance sur l’HexaTrek en 2024, un sentier de plus de 3 000 kilomètres traversant la France, il ne part pas à la recherche d’un exploit sportif. Ce qu’il cherche avant tout, c’est un espace pour respirer à nouveau. Son histoire est celle d’un homme qui s’est relevé, pas à pas, après un cancer agressif et la perte prématurée de sa femme, Anne.

« On n’a qu’une vie et elle est des plus précaire et fragile. Si vous avez la soif de l’aventure, foncez. Maintenant. Il ne faut pas reporter à plus tard, il faut tenter de vivre ses rêves. La vie est bien trop courte. »

– Hugo

La grande traversée de la France

31 mai 2024. À cinquante et un ans, Hugo, originaire de la région grenobloise, foule ses premiers pas sur le sentier de l’HexaTrek, à Wissembourg, en France. Au cours des prochains mois, chaque journée le rapprochera un peu plus de son objectif final: Hendaye, 3034 kilomètres plus loin. En autonomie complète, il passera la plus grande majorité de ces nuits, sous une simple toile le séparant de l’extérieur, loin des villes et des bruits. Une immersion totale dans la nature l’attend.

Il faut dire que c’est un défi de taille: sa seule expérience préalable consiste en une nuit de bivouac dans le Vercors. Une toute petite sortie,  comparativement aux mois de randonnée qu’il s’apprête à faire. Mais, il est prêt. Ça fait des mois, même des années qu’il en rêve. Le moment est enfin arrivé.

Son départ sur le sentier a lieu seulement quelques mois après le décès de sa femme, Anne, qui a lutté 18 mois contre un cancer.

Tout commence pourtant plus tôt. Début 2021, Hugo apprend qu’il est atteint d’un myélome multiple, un cancer du sang qui s’attaque à la moelle osseuse. Au moment du diagnostic, de multiples os sont déjà touchés, et un traitement par injection de chimio sous-cutanée est rapidement entamé.

Puis, c’est l’isolation complète. Hugo doit passer un mois en chambre stérile afin de recevoir une greffe de cellules souches. C’est difficile pour lui, extrêmement difficile. Heureusement, durant ce séjour éprouvant, il tombe par pur hasard, sur un livre qui changera le cours de sa vie: Tirer un trail sur le passé de Michaël Dessagne, le récit d’une traversée des États-Unis à pied, sur la Pacific Crest Trail. Cette lecture ravive une flamme en lui et une idée s’ancre doucement dans son cœur: un jour, lui aussi marchera, sur un de ces grands sentiers.

Rémission

La greffe fonctionne. Hugo sort de l’hôpital, sous traitement de chimiothérapie orale, épuisé. Marcher quelques minutes relève d’un défi. Pourtant, il s’accroche. Chaque sortie devient une victoire. Il considère chacune d’elles comme son propre Pacific Crest Trail. Avec Anne, ils recommencent à faire des projets, à imaginer des voyages, à réapprendre à profiter de la vie.


Mais début 2022, l’horreur frappe brutalement à nouveau. Anne est diagnostiquée d’un cancer pulmonaire. Une nouvelle bataille commence. Elle durera un an et demi. Hugo encaisse, soutient, accompagne, même si c’est tout son monde qui s’écroule encore une fois.

À la mort d’Anne, l’idée d’un long trek devient plus qu’un rêve. Elle devient une nécessité. Hugo connaît l’existence de l’HexaTrek pour l’avoir découvert en naviguant sur internet. S’y engager lui apparaît comme la seule issue possible pour ne pas sombrer.

Sur le sentier, Hugo ne cherche pas la performance. Il avance à son rythme, attentif à son corps, mais aussi à ce qui l’entoure. Les paysages, bien sûr, mais surtout les rencontres. Il se découvre moins solitaire qu’il ne le pensait. Avide de nouveaux échanges, il s’ouvre aux autres, retrouve une confiance en lui qu’il croyait perdue, et même une foi renouvelée en l’humanité.

La route n’est pas toujours facile. Ayant encore quelques atteintes osseuses non cimentées, les médecins le limitent à un sac-à-dos de 5 kilogrammes. Pas facile, lorsque le contenu de ce dernier doit assurer une autonomie complète, incluant une tente et de quoi se faire à manger. Tous les mois, à date fixe, Hugo doit également sortir du sentier pour réaliser des analyses sanguines en laboratoire. Après quelques semaines, une périostite tibiale le contraint à s’arrêter près d’un mois.

Pourtant, il s’accroche et continue, pas à pas. Le sentier lui redonne des ailes.

C’est ainsi qu’en fin octobre 2024, plus de 100 jours après son départ, qu’Hugo atteint la fin du tracé, à Hendaye, les deux pieds dans le sable et les yeux rivés sur l’océan. Il a réussi.

Une aventure inoubliable

Que retient-il de cette aventure ? Ce sont surtout les regards humides de certaines personnes croisées sur le chemin qui le marquent profondément. Lorsqu’elles réalisent que des marcheurs traversent la France pendant des mois, une soif de l’aventure recommence à couler dans leurs veines. Pour beaucoup, le périple d’Hugo incarne une pause rêvée, une liberté qu’ils ont enfoui, il y a des années.


Paradoxalement, me dit Hugo, l’un des moments les plus difficiles arrive après la fin du sentier. Le retour à la vie dite normale est brutal. Il me parle sans détour de cette période de flottement, parfois appelée dépression post trek. Revenir demande presque autant de courage que de partir.


S’il devait recommencer, il partirait moins vite. Il prendrait encore plus de temps pour les rencontres. Car ce sont elles, autant que la marche, qui ont donné du sens à son aventure.

Aujourd’hui, Hugo ne se projette plus très loin. Il sait simplement qu’il continuera à marcher. Peut-être à nouveau l’HexaTrek. Peut être d’autres longues traversées, comme l’enchaînement du Mercantour et du GR20. Il ne cherche plus à être suivi, ni à accumuler les images parfaites. Il préfère vivre pleinement l’instant présent.


À ceux qui traversent des épreuves et rêvent d’aventure, Hugo adresse un message puissant. Nous n’avons qu’une vie, fragile et précieuse. Si l’envie est là et si la santé le permet, alors il faut oser. Maintenant. Ne pas remettre à plus tard. Et à ceux qui hésitent encore, il rappelle que la peur n’empêche pas d’avancer. Il y a toujours une solution. Toujours quelqu’un pour aider. Le sentier, dit-il, est bienveillant.

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