Naomie Veillette : faire de la maternité un terrain d’aventures

Juillet 2025. Alpes françaises.

Lorsque Naomie Veillette atteint le refuge du col de la Vanoise après une longue journée de marche, les conversations s’interrompent brusquement. Un groupe de randonneurs se retourne, intrigué.

Ce n’est pas tant son imposant sac de 60 litres qui attire l’attention, mais bien l’enfant endormi contre elle et le garçon de cinq ans qui lui tient la main. Dans ce décor exigeant et au fort dénivelé, les jeunes familles sont peu fréquentes.

Pendant les cinq jours que durera cette randonnée, ce petit équipage hors norme suscitera partout le même mélange de surprise et d’admiration.

Car depuis quelques années, Naomie provoque ce genre de réactions un peu partout où elle passe. Sur les sentiers comme sur les réseaux sociaux, cette mère de deux garçons redéfinit ce que le plein air peut devenir avec de jeunes enfants. Randonnées de plusieurs jours, ascension du mont Washington, voyages de plein air à l’étranger : rien n’arrête Naomie et ses deux garçons.

À 29 ans, elle a même transformé cette passion en projet professionnel à temps plein. Portrait d’une femme qui a choisi de faire de la maternité non pas une limite, mais un nouveau point de départ.

Une passion née sur le tard

À première vue, rien ne prédestinait Naomie à devenir l’une des voix les plus suivies du plein air familial au Québec.

Enfant, elle ne pratique que très peu d’activités de plein air. Elle passe du temps dehors, bien sûr, mais loin du camping, de la randonnée ou des grandes expéditions.

La randonnée entre dans sa vie il y a environ sept ans, un an avant sa première grossesse, presque par hasard. La passion, elle, arrive immédiatement: « Quand je découvre quelque chose, j’y vais à fond », résume-t-elle en souriant.

Et elle n’exagère pas. Dès son premier été, elle se lance dans des projets ambitieux, comme l’ascension des cinq sommets de Charlevoix en deux jours. Rapidement, la montagne devient plus qu’un loisir. Elle devient un espace où elle se sent vivante, forte et alignée.

Lorsqu’elle tombe enceinte, elle n’envisage pas d’abandonner cet univers. Au contraire: « J’ai une tête de cochon. Quand je décide que ma vie va ressembler à quelque chose, je m’arrange pour que ça arrive. Peu importe le temps que ça prendra. »

Puis, la pandémie éclate.

La montagne comme refuge

Peu avant la naissance de son premier fils, Malik, le monde se referme. Tout ce qu’elle avait imaginé pour profiter de sa maternité disparaît du jour au lendemain : les cours, les rencontres, les activités entre nouveaux parents.

« Je suis vraiment une quétaine assumée dans l’âme. Je voulais faire des cours de massage pour bébé, des cafés-rencontres, des activités entre nouveaux parents », raconte-t-elle. « La pandémie m’a enlevé tout ça. »

Isolée avec un nouveau-né qui dort peu et pleure beaucoup, Naomie cherche un endroit pour respirer. Elle le trouve en nature.

Les sentiers deviennent rapidement essentiels à son équilibre mental. Sa première randonnée post-partum a lieu sept semaines après l’accouchement, une fois le feu vert obtenu de sa physiothérapeute en rééducation périnéale. Deux semaines plus tard, elle gravit déjà une première montagne. À neuf semaines, son fils atteint son premier sommet, porté contre elle.

Les sorties s’enchaînent. Elle multiplie les randonnées, parfois avec plusieurs ascensions de montagnes par semaine. Son bébé, qui refuse de fermer les yeux à la maison, dort en portage, apaisé par le mouvement et la forêt.

Peu à peu, Naomie commence à partager ces moments sur les réseaux sociaux, sans imaginer l’ampleur que cela prendra.

D’un partage spontané à une communauté

Au départ, elle publie simplement des images de son quotidien. Son intention est simple : montrer qu’il existe d’autres façons de vivre avec de jeunes enfants. Qu’on peut improviser, sortir et explorer.

À l’époque, voir une mère gravir des sommets du Québec avec un bébé n’est pas courant. Les réactions ne tardent pas. Beaucoup de parents découvrent une réalité qu’ils n’avaient jamais envisagée.

Les encouragements dominent, mais les critiques ne manquent pas. Sécurité, choix, équipement : tout est questionné. Sur les réseaux sociaux, tout devient matière à débat.

Mais Naomie continue.

Rapidement, sa présence en ligne prend une ampleur inattendue. Des médias s’intéressent à son histoire. Elle participe à des reportages avec Radio-Canada, notamment avec l’animatrice Pénélope McQuade.

Peu à peu, ce qui n’était au départ que quelques partages spontanés se transforme en un véritable écosystème : la communauté ActivMom, une entreprise dont la mission est de redonner confiance aux femmes qui souhaitent continuer à vivre l’aventure, même après l’arrivée des enfants.

Apprendre en chemin

Naomie insiste sur un point : elle n’est pas arrivée dans cet univers avec une expertise complète.

Lorsque l’idée de camper sur un sommet commence à germer, elle n’a encore jamais dormi dans une tente de sa vie. Elle n’a jamais utilisé de brûleur pour cuisiner un repas.

Ses premières nuits hors de la maison avec son fils se passent en refuge, dans le parc national du Mont-Mégantic, avec une voiture pas trop loin, juste au cas où.

En revisitant récemment ses anciennes vidéos, Naomie est tombée sur une scène qui la fait encore rire :
« Malik était dans mon sac de randonnée et l’on revenait d’une nuit en refuge. Il me dit : “Encore ?” Je lui demande : “Encore quoi ?” Et il répond : “Dodo refuge ?” »

Elle éclate de rire.

« Je lui disais : “Non, non, on s’en va à la maison !” Et lui faisait non de la tête. »

La passion de Naomie pour la montagne s’est transmise au jeune garçon.

Puis, à l’été des un an de Malik, elle réalise un premier rêve. Sur le mont du Lac-à-la-Perdrix, dans Charlevoix, accompagnée d’une amie, elle passe une première nuit en tente avec son fils.

Son sac est immense, son équipement trop lourd, mais ils sont là, à regarder le soleil disparaître derrière les montagnes.

Avec le temps, elle affine sa méthode. Elle allège son équipement, ajuste ses sorties et partage tout ce processus avec sa communauté.

C’est aussi ce qui fait sa force : Naomie n’a jamais prétendu avoir commencé parfaite. Elle documente les erreurs autant que les réussites. Les boîtes de 100 paires de lingettes inutiles, les sacs de couchage -7 degrés en plein été, les objets qu’on transporte pour rien. En montrant l’envers du décor, elle rend l’aventure plus accessible.

Pour beaucoup de familles, elle devient une passerelle entre le rêve et le concret.

De la passion à l’entrepreneuriat

Ce que ses abonnés lui répètent revient sans cesse : « J’aimerais tellement faire ça, mais je ne sais pas comment » ou « Je ne me sens pas capable de me lancer seule ». À force d’entendre ces demandes, Naomie structure son offre.

Sorties de groupe, formations en ligne, collaborations, marchandise, développement de produits, gamme de porte-bébés avec une compagnie partenaire : le projet grandit vite. Après la naissance de son deuxième fils et un congé de maternité, en janvier 2025, elle quitte officiellement son emploi à la commission scolaire comme éducatrice spécialisée pour se consacrer à temps plein à ActivMom.

Le virage est majeur, mais pas complètement étranger à ce qu’elle portait déjà en elle.
« Petite, j’écrivais des livres avec des millions de crayons gel. Je me disais que j’allais les vendre et vivre de ça », dit-elle en riant.

Elle ne s’attendait toutefois pas à devenir une personnalité publique ni une entrepreneure du web, elle qui se décrit comme timide et presque invisible à l’adolescence.

Pourtant, depuis plusieurs années, elle mobilise une communauté entière autour d’une vision du plein air familial plus libre, plus incarnée, plus audacieuse.

Crédit photo: CCC.focus

Une aventure adaptée à chacun

Aujourd’hui, les garçons de Naomie ont cinq ans et demi et trois ans.

Son aîné, Malik, aime les défis : les racines, les roches, les sommets. À cinq ans, il a déjà gravi le mont Washington et le mont Madison, dans les White Mountains.

Son plus jeune, Éliam, est contemplatif, intellectuel. Plus sensible aux intempéries, plus prompt à demander les bras.

Naomie adapte donc ses sorties en conséquence.

Pour maintenir leur intérêt, elle transforme souvent les randonnées en jeux : marcher comme des ours, inventer des histoires, observer la forêt.

Son métier d’éducatrice spécialisée n’est jamais bien loin. Avec l’expérience vient aussi une autre forme de sagesse.

Savoir faire demi-tour

Malgré les images spectaculaires qu’elle partage, Naomie tient à transmettre un message nuancé. Oui, elle a fait des choses impressionnantes, mais cette aisance s’est construite avec le temps.

Son conseil aux parents est simple : commencer petit, dans des endroits fréquentés et avec un équipement sécuritaire. Et surtout, accepter de faire demi-tour.

« Pendant longtemps, j’ai parfois poussé trop loin par entêtement », reconnaît-elle. « Aujourd’hui, si ça ne fonctionne pas, on revient. Puis on va manger une crème glacée. Pas si mal, non ? »

Une aventure familiale

Aujourd’hui, Naomie souhaite continuer de faire grandir ActivMom, sans perdre ce qui en fait la singularité. Elle rêve de projets qui permettraient d’aider davantage les familles à s’équiper pour les nuitées en montagne, sans que le coût du matériel devienne un frein. Elle veut poursuivre ses expéditions, offrir plus d’outils concrets et maintenir cette communauté où les parents se sentent capables d’essayer. Et surtout, où le plaisir unit les familles.

Quand on lui demande ce que ses garçons aiment le plus de ces escapades, elle sourit.

« Le poêle à bois, c’est un gros succès », raconte-t-elle en riant. « On n’en a pas à la maison. Alors, quand on arrive en refuge, Malik prépare le petit bois. Il fait une pyramide, mets le papier en dessous, puis il me dit : “OK, maman, tu peux l’allumer.” »

Il y a aussi les guimauves, les petits repas « spéciaux » et même les sacs de nourriture déshydratée que ses enfants adorent, au point qu’elle doit parfois les cacher à la maison.

Mais ce qu’ils semblent apprécier le plus tient peut-être à quelque chose de plus simple.

« En montagne, il n’y a souvent pas de signal. Je suis juste avec eux. On joue aux cartes, on sort des petites voitures, on parle. À la maison, il y a toujours le lavage, les notifications… »

Elle marque une pause.

« Là-bas, on est vraiment ensemble. »

Et les enfants n’auront pas à attendre longtemps. Naomie vient de réserver leurs billets d’avion pour leur prochaine aventure estivale : une randonnée de plusieurs jours dans le parc national des Écrins.

Parce qu’au fond, ce ne sont peut-être pas les sommets qu’ils retiendront le plus, mais bien ces moments où, loin de tout, ils ont simplement été ensemble.

Pour suivre Naomie sur Instagram: (3) Instagram

Pour voir le site web d’ActivMom: ActivMom par Naomie Veillette

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