Sandy Lapointe, choisir d’avancer malgré le diabète

1,9 km de natation.
90 kilomètres de vélo.
21 kilomètres de course à pied.

Nous sommes à l’été 2024 et Sandy Lapointe vient de franchir la ligne d’arrivée du Triathlon demi-longue distance de Piopolis. L’exploit sportif est déjà considérable, mais le sourire de Sandy révèle une fierté plus discrète, plus profonde. Elle a réussi malgré un diabète de type 1.

Et ce n’est pas tout. En mai 2025, elle s’élancera sur le chemin de Compostelle, pour cinq semaines de marche à travers l’Espagne, en solitaire.

Portrait d’une femme audacieuse qui a choisi de continuer à se dépasser, même lorsque son corps lui a imposé de nouvelles règles.

Crédit photo : Sandy Lapointe

Rencontre

C’est pendant le temps des fêtes, au cœur d’un hiver particulièrement glacial, que je rencontre Sandy Lapointe, une adepte de plein air de Granby, une ville située en Estrie, au Québec.

Comme ma famille et moi, elle traverse alors les Monts-Valin en raquette, un itinéraire d’environ 30 kilomètres au sein d’un magnifique massif montagneux du Saguenay. Nous nous croisons dans un refuge, où nous passerons la nuit en compagnie d’autres randonneurs, avant de reprendre la route le lendemain.

Au petit matin, alors qu’elle se prépare à démarrer sa randonnée, je l’observe en silence. Elle ajuste calmement ses vêtements, puis fixe une petite pochette directement sur sa camisole, tout près de son corps.

Intriguée, je lui demande ce que c’est.

« C’est pour garder mon insuline au chaud », me répond-elle simplement.

À ce moment précis, je comprends que Sandy randonne seule, en plein hiver, avec le diabète. Immédiatement, je suis admirative. Moi qui viens tout juste de terminer mon cours de secourisme en régions éloignées, je mesure aussitôt ce que cela implique.

Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune dans laquelle le système immunitaire attaque les cellules du pancréas responsables de produire l’insuline. Sans cette dernière, le sucre s’accumule dans le sang et devient dangereux, voire mortel. Les personnes atteintes doivent donc s’injecter de l’insuline quotidiennement.

Crédit photo : Sandy Lapointe

Avant le diagnostic

En fin 2017, Sandy mène une vie tout à fait normale, profondément tournée vers l’humain. Elle travaille dans les écoles primaires comme psychoéducatrice. Prendre soin des autres fait partie intégrante de sa vie.

Le mouvement aussi. Le sport, le plein air et la randonnée ont toujours été pour elle des moyens de gérer ses émotions et son stress. Elle a toujours été active, attentive à sa santé. Cette grande voyageuse aime repousser ses limites chaque jour. Elle accorde beaucoup d’importance à sa liberté.

Mais en 2018, alors que Sandy fête ses 33 ans, sa vie bascule brutalement.

Quand le corps impose ses règles

Depuis quelques mois, Sandy a dans sa ligne de mire la réalisation d’un triathlon. Elle intensifie son programme d’entraînement, en accordant une attention particulière à la natation, une discipline qui représente une faiblesse pour de nombreux triathlètes, comme c’est son cas.

Elle ressent une fatigue de plus en plus présente, une soif constante et subit une perte de poids. Mais comment se douter qu’il s’agit d’une maladie alors que tout peut sembler s’expliquer par l’intensification de son entraînement ?

Ne se posant pas davantage de questions, la vie de Sandy suit son cours. Jusqu’à ce souper chez son ancienne belle-mère.

Diagnostic

Ce qui devait être une soirée tranquille, ponctuée de jeux de société, de quelques bières et de croustilles, prend une tournure inquiétante. Au fil de la soirée, l’état de Sandy se détériore. Elle ressent des engourdissements dans son corps et une fatigue si écrasante qu’elle manque de s’endormir à plusieurs reprises.

On lui suggère alors de mesurer sa glycémie. Le taux s’affiche : 29 mmol/L. À titre de comparaison, une glycémie normale se situe entre 4 et 7 mmol/L. À 29, il s’agit d’une urgence mettant directement en danger le pronostic vital.

Sandy pense d’abord que l’appareil est défectueux. Elle recommence. Même résultat. Cette fois, elle comprend. Sur la route de l’hôpital, elle pleure sans arrêt.

Il faut dire que Sandy connaît déjà la maladie. Le diabète est présent dans sa famille, des deux côtés. Elle n’en garde que des souvenirs lourds. Son oncle est décédé après avoir perdu la vue, subi un dysfonctionnement des reins, vécu une amputation et traversé toutes les complications possibles de la maladie.

Bien que le diabète de type 1 soit le plus souvent diagnostiqué chez les jeunes, principalement avant l’âge de 20 ans, on observe, depuis les dernières années, une augmentation des diagnostics chez les adultes. À 33 ans, Sandy ne s’imaginait toutefois pas recevoir une telle nouvelle.

« J’ai vraiment eu l’impression de perdre ma liberté », confie-t-elle.

Elle raconte qu’une de ses premières pensées fut qu’elle ne serait jamais sélectionnée comme combattante si une guerre éclatait. « C’est absurde, je ne voulais même pas aller à la guerre », ajoute-t-elle aujourd’hui en riant. Mais derrière cette réflexion se cache un sentiment beaucoup plus profond. Celui d’avoir perdu de la valeur. Celui de ne plus servir à rien.

Rependre le plein air autrement

Crédit photo: Sandy Lapointe

Rapidement, une chose devient claire pour Sandy. Elle ne renoncera pas au sport. Mais vivre avec un diabète de type 1 exige une gestion constante. Les médecins parlent d’environ 300 décisions par jour. Quoi manger. Quand. Combien d’insuline injecter. Comment s’ajuster selon l’activité, la température, le stress, l’hydratation ou l’alcool.

« Et moi, je n’étais vraiment pas quelqu’un de très organisé. Avant, je mettais un pied devant l’autre et je me laissais guider par le vent. », dit-elle en riant. « J’ai dû changer complètement mon mode de pensée. »

Les premières sorties en montagne sont difficiles. Sandy fait des hypoglycémies à répétition et ressent des moments de fatigue et de faiblesse dans le sentier. Même en suivant les recommandations médicales, celles-ci restent générales, basées sur des moyennes. Or, chaque personne réagit différemment.

Pour Sandy, vivre avec le diabète signifie aussi réapprendre à être en symbiose avec son corps.
« Une maladie auto immune, c’est ton propre corps qui se détruit lui-même. C’est difficile de lui faire à nouveau totalement confiance. C’est comme s’il avait mené une rébellion contre toi. »

Retrouver la liberté, un pas à la fois

Expérience après expérience, Sandy apprend à mieux se connaître. Elle découvre par exemple qu’elle peut courir le matin sans apport d’insuline, lorsque sa glycémie nocturne est stable. Ces moments lui donnent l’impression de retrouver une part de liberté, loin des préoccupations constantes liées à la maladie.

Un jour, elle tombe sur le livre de Sébastien Sasseville, diabétique de type 1, aventurier et athlète d’endurance. Il a notamment traversé le Canada à la course et gravi l’Everest, devenant la troisième personne au monde à réaliser cet exploit. Cette lecture agit comme un véritable déclic.

« J’ai été profondément inspirée. J’ai réalisé que tout était encore possible. Que ça demandait simplement un peu plus d’organisation ! »

Faire équipe avec son corps

Aujourd’hui, Sandy se sent confiante. Elle part seule en expédition. Elle apprend à conserver son insuline malgré le froid, la chaleur et l’éloignement. Elle s’adapte.

Elle privilégie maintenant les expéditions en refuge plutôt qu’en tente.
« Avec mes médicaments, je dois transporter plus de deux kilogrammes de matériel supplémentaire. Si je peux éviter d’ajouter le poids d’une tente, je le fais », explique-t-elle.

Le diagnostic lui apporte aussi quelque chose d’inattendu. Une conscience plus fine de son corps. Avant, elle fonçait vers le sommet. Maintenant, elle s’arrête quand il le faut. Elle mange. Elle observe. Elle admire le paysage. Son corps devient un guide plutôt qu’un ennemi.

Elle a aussi appris à savourer davantage les plaisirs du quotidien. N’y a-t-il pas quelque chose de magnifique dans le fait de découvrir un peu d’extraordinaire dans ce qui était autrefois ordinaire ?

Grande gourmande assumée, elle savoure maintenant chaque récompense: « Une sortie de vélo, c’est un bonbon à l’arrivée. Une randonnée, une bonne bière », dit-elle en éclatant de rire.

Des rêves accomplis

Lorsqu’elle me reparle de son demi-Ironman, la fierté transparaît dans sa voix. Ce triathlon extrême faisait partie de ses objectifs avant même son diagnostic. En 2018, elle était bien loin de s’imaginer qu’elle en serait capable malgré le diabète.

Est-ce que Sandy a réussi son rêve de  parcourir la Compostelle? Oui, ça aussi, mais non pas sans anecdotes.

En mai 2025, elle s’élance sur le chemin pour cinq semaines de marche, avec ses lecteurs de glycémie, son insuline à conserver au frais et une impressionnante capacité d’adaptation. En chemin, une fiole d’insuline se fissure et change de couleur. Elle doit en trouver une autre.

Par pur hasard, elle rencontre une Française diabétique qui possède exactement la même insuline, en surplus. Une coïncidence presque irréelle, qui insuffle une touche de magie bienveillante dans la lourdeur de la maladie.

Crédit photo: Sandy Lapointe

Se tourner vers le futur, un objectif à la fois

Parmi ses prochains défis figure un trek dans le désert. Une expédition exigeante, où l’insuline devra notamment être conservée aux températures conseillées: entre 15 et 30°C pour les flacons ouverts, et entre 3 et 8 °C pour les cartouches supplémentaires non entamées, ce qui représente tout un défi avec la chaleur écrasante de ce milieu. Sandy reste confiante. En se souvenant des exploits accomplis par Sébastien Sasseville, elle sait qu’elle aussi, elle peut y arriver.

Elle a appris qu’il est possible de continuer à oser. 

Si Sandy avait un conseil à offrir aux personnes nouvellement diagnostiquées, ce serait de ne pas croire que tout s’arrête.


« C’est un pas à la fois, comme une montagne. On apprend à avancer avec son corps plutôt que contre lui. Avec du temps, de l’écoute et un peu plus d’organisation, on se rend compte que les rêves sont encore là. Ils prennent simplement un autre chemin. »

Si, comme moi, Sandy vous a inspiré, sachez qu’elle donnera, le mercredi 18 mars 2026 à 19 h, une conférence sur son expédition sur le chemin de Compostelle et sur sa gestion du diabète.

Son message est clair. Avancer un pas à la fois vers ses rêves. Réapprendre à ne faire qu’un avec son corps.

Merci, Sandy, de nous faire rêver.

Pour s’inscrire à la conférence de Sandy

Quand : mercredi 18 mars 2026 à 19 h
Où : 170 rue Saint-Antoine Nord, local 321, Granby, QC J2G 5G8
Les Diabétiques de la Haute-Yamaska
Prix : gratuit, sur réservation, en appelant au 450 372 1151 ou en écrivant à info@diabetiqueshy.ca

Site internet: Calendrier d’activités des Diabétiques de la Haute-Yamaska

3 réflexions sur “Sandy Lapointe, choisir d’avancer malgré le diabète”

  1. Je suis tellement fier de ma fille .
    Elle est la plus courageuse que je connaisse,
    Toujours souriante et toujours prête à aider tout le monde autour elle .
    Un ange 😇 sur la terre
    Je remercie le bon dieux d’avoir eux cette 😇 là auprès de moi qui fait briller tout les jours
    Elle est incroyable 🤩

  2. Josee Lachapelle

    Sandy, tu es en effet un modèle inspirant. Vivant moi-même avec le diabète type 1 depuis l’âge de 27 ans, j’ai aussi choisi de ne pas m’imposer de limites et même de les repousser. À ce jour, je considère que cette maladie n’est pas une bénédiction, mais qu’elle me force à en apprendre sur moi à chaque jour. Continue de foncer et d’inspirer les gens tout en gardant cette étincelle briller en toi.

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